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Joëlle Rasoarivelo Photographe
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Photos Killing Joke @ La Cigale 2012

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KILLING JOKE @ LA CIGALE 2012

Pour Jaz Coleman, leader mythique autant que mystique de Killing Joke, apôtre d’un métal tribal et industriel teinté de new wave symphonique, chaque concert du groupe doit s’apparenter à une véritable expérience spirituelle. Autant dire que les fans français, quelques jours à peine après la sortie de MMXII, un quinzième album qui évoque sans détour la prophétie d’Apocalypse pour 2012, étaient impatients de retrouver leurs Anglais fétiches à la Cigale, pour ce qui serait peut-être – qui sait ? – le dernier concert parisien de Killing Joke avant la Fin du Monde.


*** Les photos ne sont pas libres de droits /// All rights reserved ***

Le noir revient décidément à la mode ! C’est en tout cas ce qu’on se dit ce soir en voyant se déverser dans la fosse de la Cigale un public de tout âge, que la perspective d’un concert de Killing Joke a rendu plus gothique que jamais. Un peu partout fleurissent des T-shirts flanqués des dates inoubliables des précédentes tournées et certains, usés à la corde et presque entièrement délavés, rappellent que le groupe, formé à Notting Hill en 1979, a largement dépassé les 30 ans de carrière.

The Crying Spell & The Icarus Line

Mais, avant la ténébreuse grand-messe prévue pour un peu plus tard avec la formation phare de la soirée, place maintenant aux jeunes Américains The Crying Spell, que leur formation, dans la région de Seattle, n’a pourtant pas empêché d’adopter les codes new wave, en vigueur à Londres dans les années 80. Ultime hommage à leurs grands prédécesseurs, ils se fendent même d’une version, totalement déstructurée (et au final pas si intéressante que ça) du fameux How Soon Is Now? des Smiths.

Une mise en bouche, un peu trop faussement vintage, que le groupe suivant, The Icarus Line, va bientôt faire voler en éclats. Un frontman intenable, à la silhouette d’éternel adolescent, pour une prestation scénique à la croisée des chemins, tracés quelques décennies plus tôt, par Mick Jagger et surtout Iggy Pop. Torse nu, vindicatif autant que nerveux, le Californien harangue la foule sans complexe, et parvient, en une dizaine de titres joués tambour battant, à surchauffer la salle. A surveiller de près, dans tous les sens du terme.

European Superstate, froid et dansant à la fois, dynamite d’entrée la Cigale

21h10. La salle est entièrement plongée dans le noir. Des chœurs gutturaux, comme émergeant soudain de nulle part, enflent peu à peu, et prennent lentement possession de la salle, en psalmodiant une incantation terriblement macabre, fantomatique à souhait. C’est le thème Masked Ball, composé par Jocelyn Pook pour la célébrissime scène de la cérémonie du dernier film de Stanley Kubrick, Eyes Wide Shut. Déjà tout un programme !

Si le ton est donné, la rupture est totale avec l’entrée en scène du clan Killing Joke, ce soir dans sa formation originelle avec Paul Fergusson à la batterie, Martin Glover à la basse, Geordie Walker à la guitare et bien sûr l’inénarrable Jaz Coleman, cheveux mi-longs noir corbeau et bleu de chauffe sombre. Une base electro froidement industrielle, une guitare sauvagement métal qui tranche dans le vif, puis la voix caverneuse d’un Jaz en pleine forme, scandant son texte comme un homme-robot du 1984 de George Orwell. C’est European Superstate, froid et dansant à la fois, qui d’entrée dynamite la Cigale.

Jaz, fortement imprégné de culture maori, mime un impressionnant haka

Désormais, les Killing Joke vont nous montrer comment survivre au cataclysme de leurs perspectives funestes. Rapture, le premier titre de MMXII joué ce soir, démarre sur des charbons ardents, et impose un tempo infernal qui ne laisse derrière lui que des cendres. Soudain transfigurée sur le refrain, la voix de Jaz devient alors férocement animale, et exhorte les rescapés à se défaire de leurs chaînes. La Cigale s’embrase immédiatement, et sa fosse n’est bientôt plus qu’un champ de ruines au-dessus duquel Jaz, fortement imprégné de culture maori, mime un impressionnant haka.

Fema Camp, plus lent, mais aux guitares toujours aussi puissantes (qui rappellent par moments l’esprit du mythique Pornography des Cure), nous présente maintenant la version alarmiste, façon Killing Joke, d’un début de fin du monde géré par l’agence américaine de la Fema. Perspective pas forcément réjouissante, mais sacrément jouissive en live.

Hormis un métallique et très froidement industriel Chop-Chop datant de 1982 (période Revelations), le set de ce soir est presque exclusivement consacré au dernier album en date, MMXII, sorti en ce début de mois d’avril. Très convaincants sur scène, les titres sont adoptés les uns après les autres par des fans, rendus très exigeants par des années d’écoute enfiévrées de Killing Joke. C’est le cas de Pole Shift, qui d’une base electro bascule bientôt vers une new wave pleine de reverb, avant de virer carrément metal, comme un condensé des influences musicales du groupe. Jolis succès aussi pour Primobile et Corporate Elect, qui reposent sur une recette identique, mais qui fonctionne à merveille.

Change, Requiem et le monumental War Dance terminent le set dans une apothéose primale

La fin de set, quant à elle, revient sur les origines du groupe, et insiste fortement, à la plus grande joie des fans, sur l’album fondateur de la formation anglaise, le célèbre Killing Joke de 1980. Avant les rappels bien mérités, nous avons ainsi droit à un The Wait totalement survitaminé, encore diablement efficace plus de trente ans après sa composition. La fosse de la Cigale, transformée en champ de bataille pour pogotistes pas si distingués que cela, pourrait en témoigner.

Mais c’est finalement les rappels qui installent définitivement le mythique album de 1980 comme la pierre angulaire de l’institution Killing Joke. Pas de Love Like Blood, pourtant très attendu par toute une génération, mais Change, Requiem, et surtout le monumental War Dance, qui termine le set dans une apothéose primale détruisant tout sur son passage. La Cigale en redemande, mais le groupe ne reviendra pas sur scène, seule véritable déception de la soirée. Le public hurle, trépigne, vocifère, mais les lumières finissent par se rallumer, sous les sifflets d’une foule qui attend depuis plus d’un quart d’heure un ultime retour sur scène de ses héros. Pas tout à fait la Fin du Monde, mais dans le cœur des fans, ça y ressemble fortement.

LA SET LIST COMPLÈTE :

EUROPEAN SUPERSTATE
SUN GOES DOWN
RAPTURE
FEMA CAMP
POLE SHIFT
CHOP-CHOP
PRIMOBILE
ASTEROID
THE GREAT GULL
CORPORATE ELECT
THE WAIT
PSSYCHE

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CHANGE
REQUIEM
WARDANCE

/// Textes & Crédit photos : © Pierre Rigae ///

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