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Joëlle Rasoarivelo Photographe
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Photos Battant @ La Maroquinerie 2012

NEWS LIVE REPORT BIOGRAPHIE DISCOGRAPHIE

BATTANT @ LA MAROQUINERIE 2012

Moins de 4 mois après la tragique disparition de Joel Dever, l’un des membres les plus influents de leur jeune formation, les Anglais de Battant étaient de retour sur une scène parisienne, bien décidés à montrer à tous leurs fans qu’ils se sentaient capables de relever la tête. Désormais uniquement emmenés par Chloé Raunet, leur chanteuse emblématique, ils avaient également à cœur de présenter en live leur deuxième opus, As I Ride With No Horse, enregistré alors que le groupe était encore au complet, puis sorti en octobre 2011, quelques semaines seulement après le drame ayant frappé le groupe.


*** Les photos ne sont pas libres de droits /// All rights reserved ***

Ce n’est pas un concert comme tous les autres qui a lieu ce soir à la Maroquinerie. Les Britanniques de Battant, encouragés par le soutien indéfectible de personnalités aussi importantes dans le monde du rock que Tim Homes (ex-Death In Vegas) ou Andrew Weatherall (producteur et remixeur de Björk, Primal Scream ou New Order entre autres), ont décidé de faire face. En assurant (presque) dans son intégralité la tournée de promotion consécutive à la sortie de As I Ride With No Horse, leur dernier album en date (déjà presque autant encensé par la critique que ne l’avait été No Head 2 ans plus tôt), ils veulent marquer les esprits, mais aussi rendre un hommage posthume au travail de Joel Dever, dont les synthés minimalistes, fortement influencés par le son industriel des 80’s, ont largement contribué à façonner le son si particulier de Battant.

Rien ne paraît plus glacé que le son de The Eyes In The Heat

Et les fans du groupe, dont la réputation grandissante se répand comme une traînée de poudre à travers la vieille Europe, ne s’y sont pas trompés, et sont venus les soutenir en masse, malgré le vent cinglant qui étreint ce soir la Capitale, comme subitement enrhumée par le froid. Mais, pour The Eyes In The Heat, qui va assurer la première partie de Battant, c’est finalement une bonne chose, car ils vont pouvoir jouer devant un parterre déjà bien plein, les plus frileux des spectateurs ne s’étant pas faits prier pour s’engouffrer dans le sous-sol de la salle de la Maroquinerie, qui leur promettait une température un peu plus clémente.

Pas de chance côté chaleur, rien ne paraît plus glacé que le son de The Eyes In The Heat, qui martèle mécaniquement une new wave industrielle et austère, mais heureusement de très bonne facture. Des synthés anguleux et métalliques, rappelant les premiers New Order, une voix volontairement déshumanisée qui scande plus qu’elle ne chante, et la salle se prend vite au jeu, d’autant que, sur scène, Zizi Kanaan, arborant une superbe veste à épaulettes comme on n’en avait pas vu depuis longtemps, assure le show en exécutant des petits pas de danse qui la font soudain ressembler à un petit robot facétieux.

Un set de 45 minutes, aussi acéré qu’efficace, suffit finalement aux Eyes In The Heat pour imposer leur griffe à la soirée, grâce notamment à des titres aussi réussis que Hold Up, Amateur ou le très sombre I Use to Be Spanish, morceaux que l’on devrait tous voir bientôt figurer sur leur premier album, prévu ce mois-ci sur le même label que celui de Battant, Kill the DJ. Une très bonne surprise, qui lance parfaitement la soirée.

Chloé s’est installée derrière une caisse claire, et imprime le rythme du morceau

21h30. Avec un petit quart d’heure de retard, Battant est enfin sur scène, devant une salle comble, ce qui réjouit tous les fans, d’autant que Chloé Raunet, la sculpturale chanteuse au look un brin androgyne de Battant, semble heureuse d’être là, et prête à relever le défi de ce soir. Son style vestimentaire, qui se veut autant sobre que décalé, produit un effet immédiat sur la salle. Outre sa frange impeccable, qui fait ressembler son visage à celui d’une gravure de mode, elle porte le pantalon long d’un caleçon d’homme, que complète le plus basique des débardeurs noirs.

Comme une évidence, le set débute par le titre qui a donné son nom à l’album qui vient de sortir, As I Ride With No Horse. Un album plus intimiste que le précédent, plus introspectif aussi, mais qui ne renie pas pour autant le côté garage de No Head. Et les Battant vont bientôt nous le prouver. Déjà, Chloé s’est installée derrière une caisse claire, et imprime le rythme du morceau soutenu par un riff de guitare, proche du son aussi lourd que nerveux des Dead Weather, tandis que la voix de la jeune femme se fait lancinant à souhaits. Une belle entame, parfaitement équilibrée, et terriblement poignante.

Le groupe louche vers l’univers kaléidoscopique de sa glorieuse aînée post punk, Siouxsie Sioux

Mais Battant, c’est aussi de l’énergie à revendre, et le groupe enchaîne sur un Yokohama RC qui louche vers l’univers kaléidoscopique de sa glorieuse aînée post punk, Siouxsie Sioux, dont elle emprunte avec bonheur la diction saccadée, période The Scream. Un refrain diablement entraînant, et la salle est d’ores et déjà conquise. En deux titres seulement, Battant a réussi à nous entraîner dans son univers à la fois coloré et tendu.

Mais ça ne fait que commencer, car le groupe a décidé de nous faire découvrir la très riche palette de ses références musicales, en interprétant maintenant le très electro punk Socket qui, en live, sonne un peu comme du (bon) Nina Hagen. Chloé grimace, martyrise son tambourin, et dévoile la partie la plus fiévreuse de sa personnalité, la plus rock’n’roll aussi. Mais, entre les titres qui défilent maintenant, elle apparaît sous un jour beaucoup plus abordable. Elle s’exprime volontiers en français, et plaisante sans se faire prier avec ses fans, qui ne manquent pas de l’encourager à mettre en avant son petit accent so british, et si charmant.

Battant n’oublie pas de revenir sur les titres de No Head qui l’ont fait connaître

Côté set list, les Battant n’ayant encore que deux albums au compteur, on navigue nécessairement, mais avec naturel, entre les compositions les plus fiévreuses de No Head et celles, légèrement plus assagies, mais également plus maîtrisées d’As I Ride With No Horse. Ainsi, on passe allègrement d’un The Butcher résolument electro et minimaliste (qu’une Björk en pleine forme aurait pu écrire) à un Modern Days à l’omniprésente ligne de basse, que seule vient adoucir une boite à rythmes presque naïve, et volontairement pop.

L’équilibre est trouvé, et si les titres du dernier opus, comme l’entêtant Shutter, sont largement adoptés par un public bon enfant qui entame un pogo plus festif que véritablement violent, les Battant n’oublient pas de revenir sur les titres de No Head qui les ont faits connaître, et que leurs fans de la première heure plébiscitent avec enthousiasme. C’est le cas de Radio Rod, sur lequel la diction hachée de Chloé fait merveille, tandis que la dureté d’un riff de guitare posé sur le morceau comme autant de coups de couteau est seulement tempérée par un refrain enlevé qui ravit tous les suffrages.

L’ambiance est à son comble, mais le concert tire sur sa fin. Revenant sur scène pour un rappel bien mérité, les Anglais, visiblement étonnés d’un tel engouement de la part du public parisien, profitent de l’occasion pour nous délivrer une de ces perles rares dont ils ont le secret. C’est Old School, Baby, qui ne figure pourtant que sur le EP Shutter, mais qui n’a rien à envier aux autres compositions de Battant. La voix de Chloé, comme soudain libérée, et presque transfigurée, n’en finit plus de monter, et de remplir l’espace d’une mélodie déchirante autant que profonde. Le public est sous le charme, et n’ose presque plus songer à partir, alors que les lumières de la Maroquinerie viennent de se rallumer.

Les Battant ont rempli leur contrat. Mieux, ils ont prouvé qu’ils avaient un cœur gros comme ça. Un cœur battant !

LA SET LIST COMPLÈTE :

AS I RIDE WITH NO HORSE
YOKOHAMA RC
SOCKET
MODERN DAYS
THE BUTCHER
CLEARCUT
BEING ONE
HIGHWAY HOPEFUL
FOSSIL FUEL
RADIO ROD
SHUTTER
:::
OLD SCHOOL, BABY

/// Textes & crédit photos : © Pierre Riage ///

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